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Ancien blog datant de l'époque où je travaillais comme assistant caméra et électricien pour le cinéma, le théâtre et la télévision.

vendredi 23 mars 2012

La Bifle - 5-15 mars 2012


LA BIFLE
Écrit et réalisé par JB Saurel.
Produit par Kazak Productions.
Avec Franc Bruneau, David Nunès, Vanessa Guide, Cyril Guei et Thevada Dek.
Directeur photo : Julien Roux.
Chef électro : Renaud Garnier.
Poste occupé : Électro.
Tourné en Epic.
Tournage du 5 au 15 mars 2012 à Rouen.

Francis et Marcus tiennent un vidéo-club de quartier spécialisé dans le cinéma asiatique. Lorsque Feng Shui, un réalisateur et producteur complètement ahuri, offre le rôle principal de son prochain film à Sonia, l'employée du vidéo-club dont Francis est secrètement amoureux, ce dernier doit trouver un moyen de sauver sa dulcinée du grand danger qui guète sa nuque... Ti-Kong peut faire mal, très mal...

Plus d'un an que je n'avais pas écrit de compte-rendu de tournage, mais celui-là, il fallait que je le rédige. Dix jours à Rouen, pour cette expérience unique qu'aura été le tournage du court-métrage de Jean-Baptiste Saurel. Un film avec un titre tendancieux, un pitch audacieux, un casting sur-mesure et un humour piquant.

Beaucoup de régions auront été intéressées par ce projet pour le moins original, mais presque toutes prendront peur au dernier moment devant Ti-Kong et son engin... On peut donc remercier le courage de la région Haute-Normandie, qui a accepté de participer au financement du film et d'accueillir l'équipe. La production a bien sûr chercher à joindre au projet un maximum de techniciens locaux, et Jonathan Slimak, régisseur général sur le projet, m'a donc appelé (merci poulet !) pour être électro sur le film. L'occasion pour moi de retrouver Kazak Productions (après Jimmy Rivière en 2009 et Double Mixte en 2011), et de rencontrer une équipe image avec laquelle je n'avais jamais travaillé. J'ai donc eu le plaisir de bosser avec Julien Roux (directeur photo, notamment de L'accordeur, César 2012 du meilleur court) et son chef électro Renaud Garnier.

Le film se déroule dans trois principaux décors, plus une courte séquence dans un quatrième. Le premier décor, le sous-sol glauque avec des éléments de décor médicaux dans lequel Feng Shui tourne son film, était construit dans l'usine Jeudy, une usine de patates désaffectée à Saint-Léger-du-Bourg-Denis. Le décor du vidéo-club, ainsi que le bureau de Francis, étaient aménagés dans l'ancienne Libraire Papèterie du Port, sur le Quai du Havre. Le dernier décor, un restau chinois, était juste à côté, chez notre ami Moussa. Un grand bravo à l'équipe déco, Sydney Dubois et Marie D'Alençon, ainsi que Floriane aux accessoires, pour le super boulot qu'elles ont fait, leur souci du détail et le cachet que leur travail apporte, je trouve, au film.


L'USINE - SOUS-SOL GLAUQUE
Dimanche 4 mars, 17h, j'arrive sur le décor pour participer à la fin du prélight, que Renaud a commencé le matin (pour ma part je bossais à la Comédie Française jusqu'à 13h). Tout est d'ailleurs quasiment prêt : deux ambiances lumière générales sont prévues pour ce décor, une première avec des tubes d'usine crados-à-tendance-verdâtre au plafond, puis une seconde donnée par trois bank de tubes cyans qui s'allument une fois que le tournage du film de Feng Shui commence. Renaud a donc passé une bonne partie de la matinée dans l'alimentation électrique pour le moins douteuse de l'usine afin de pouvoir gérer manuellement les plafonniers du décor, qu'on utilise pour la première ambiance. Les tubes d'origines sont remplacés (ou non) par des tubes plus clean, qu'on "corrige" éventuellement avec du vert, du magenta, ou du CTO, pour donner volontairement une disharmonie maîtrisée à l'éclairage. Pour ce qui est de l'ambiance "tournage", on place deux tubes de kino daylight dans chaque bank construits par la déco, et après divers tests de gélates, Julien décide d'utiliser le cyan. On éclaire aussi la guérite dans laquelle Feng Shui et son assistante se réfugient lorsque le tournage commence : une manda au plafond et un fresnel 650W en direct sur la fenêtre. En plus de ça, deux lampes de jeu sont à alimenter, ainsi qu'un négatoscope (le truc où on colle les radiographies, là), et on place deux doigts de fée dans une petite étagère accrochée au mur, derrière des flacons médicaux remplis de substances douteuses. Sans oublier le gyrophare rouge au-dessus de la porte par laquelle Ti-Kong arrivera...

Le tournage peut donc commencer. Les deux premiers jours sont consacrés au combat final, qui oppose Francis à Ti-Kong. Je ne peux trop rentrer dans les détails du déroulement du combat, ni mettre de photos, mais sachez que ça envoie du lourd. Et du gros. Niveau lumière, c'est donc les tubes kino cyan au plafond qui jouent principalement, et on ajuste avec un autre kino daylight-cyan et des réflos. Et... on balance UN MAX DE FUMÉE ! La machine à fumée aura été notre grande amie pendant le tournage à l'usine ; et combiné à la poussière de patate, ça finit par donner la migraine.
C'est la partie un peu secrète du film, je ne peux donc pas expliquer beaucoup plus précisément en quoi consistait la séquence, mais on s'est vraiment bien marré, des plans vraiment classes ont été rentrés, et je suis vraiment pressé de voir ce que ça donnera. Kung Fu, western, plans au ralenti, tout y passe. On retiendra d'ailleurs les soucis de flick rencontrés à 300i/s : passé un certain seuil d'i/s, les sources tungstène en dessous de 2kW auront tendance à flicker, et mêmes les tubes de kino peuvent poser problème.

Pendant les deux autres jours à l'usine, on tourne la séquence où Feng Shui explique à Sonia et à deux autres actrices asiatiques ce qui les attend dans la scène qu'elles vont tourner avec Ti-Kong. Une séquence de jeu vraiment très drôle, qui nous change des scènes de combat. On passe sur l'ambiance lumière verdâtre du sous-sol glauque, en allumant les tubes de l'usine à place des kino-cyan. Avec la tunique de Feng Shui, on se croirait presque dans Matrix. On enchaîne les champ-contrechamp sur Feng Shui, les actrices, les assistantes, on ajuste avec un kino si besoin, jusqu'à ce que tous les plans soient rentrés. Je rends service à Nicolas en faisant la deuxième perche sur certains plans, je pointe même un plan bonus avec la deuxième cam.
Puis vient le moment où il faut tout ranger ; après le day off on change de décor. Évidemment, c'est ce jour là que je suis malade, et après avoir traversé la journée sans rien comprendre à ce qui se passait, c'est dans un état quasi-second que je range le camion avec Renaud. Pas de crêperie pour moi, bitches, on se voit samedi.


QUAI DU HAVRE - BUREAU DE FRANCIS
L'ancienne Librairie-papèterie du Port du Quai du Havre de Rouen abrite deux décors du film : le bureau de Francis à l'étage, et le vidéo-club en lui-même au rez-de-chaussée. Une caution de la valeur du lieu entier est engagée, alors "faisez attention à ne rien abîmer, merci". C'est donc avec le plus grand soin que nos amis de la machinerie française installent des barres au plafond d'une pièce qui tombe déjà à moitié en ruine, pour qu'on puisse mettre nos kino. Un 4T120 en daylight reprend l'arrivée de jour par la grande fenêtre, alors qu'un 4T60 en artif simule un plafonnier au milieu de la pièce. Dimmer sur une ou deux lampes de jeu, et on est prêts pour la première séquence, dans laquelle Francis fait du "trampoline pour la bite pour le coeur". Quelques soucis à 100i/s, pas de flick cette fois, mais de plancher qui tremble sous le trampoline et qui fait bouger la caméra...
Après cette première séquence du film, on passe à une scène où Marcus coache Francis ; moi ça me motiverait vachement si j'étais allongé sur un bureau en position Superman et qu'on me répétait "j'ai confiance en ta bite". On change un peu l'ambiance lumière, pour faire plus fin d'aprèm, en jonglant avec les tubes de kino, une luciole nano reprend l'effet d'une lampe hors champ, un petit réflo et on est bon. Dernière séquence de la journée, en nuit, Francis éteint l'enseigne du vidéo-club. Une blonde avec une belle gélate rose pimp en réflexion sur un poly par l'extérieur, et on a notre effet néon dans le contour de la fenêtre de l'étage.
Au programme du deuxième jour dans le bureau, une longue discussion entre Francis et Feng Shui, en désaccord à propos de son prochain film. "Regarde la séquence 4, il y a de l'amour, il les embrasse avant de les bifler..." Toujours du kino pour cette séquence, et le soleil rouennais s'amuse avec les nuages et nous oblige à constamment ajuster les sources pour garder une cohérence entre les plans. À nouveau sollicité pour une deuxième perche sur toute cette séquence, mine de rien ça fait les bras.
Après ça, Vanessa arrive pour d'autres séquences dans le bureau, que je n'ai pas trop vu, étant parti prélighter le vidéo-club en bas. De ce que j'ai vu et entendu, ça se plaque contre des armoires ("Je vais te prendre comme une chienne"), ça se dispute, ça se ramasse par terre en se prenant les pieds dans le tapis (plusieurs fois, au grand plaisir de Julien !)... Pour ma part, je me prends la tête avec des tubes fluos, et surtout avec des gélates : je change les tubes des plafonniers, ainsi que ceux des étagères pleines de DVDs ; j'ai de la chance, ils marchent tous (ou presque). Et c'est bien aussi quand, perché sur l'escabeau, en train de peiner à faire tenir la gélate sur la grille à moitié renfoncée, t'entends "silence, tourne au son". Ah, bon, je bouge plus alors... Tiens, ma gélate s'est barrée. Mais comme Nicolas est un mec bien, après il attendait que j'aie fini mes manips bruyantes avant de lancer le moteur. Bref, une fois tous les tubes changés et gélatinés (faire des fourreaux de gélate pour des tubes d'1m50 avec des rouleaux d'1m20, c'est pas pratique), on finit le prélight en plaçant deux kinos 4T120 daylight au dessus de la zone du comptoir.

QUAI DU HAVRE - VIDÉO-CLUB
On attaque ce décor par la séquence où Feng Shui apprend à Sonia qu'elle a le rôle principal de son prochain film. Encore de belles lignes de dialogues dans cette scène, mais faut garder de la surprise... En plus de ce qu'on a prélighté la veille, on ajoute dehors les deux alpha 4kW à travers des toiles pour renforcer l'entrée de jour des vitrines (qu'on gélatine de 1/2 CTB). Selon les plans, on rajoute des cadres de diff à l'intérieur pour casser un peu l'attaque des HMI, et on renforce les faces avec un kino 4T60. Ça roule comme ça à la lumière, tandis qu'au jeu ça se coupe des doigts, ça parle d'orgasme et ça vaporise du whisky sur un ficus. Quelques plans à la seconde perche, et c'est la fin de journée. Direction le pot image ; merci à Simon pour le schnapp's clap et à l'équipe image pour cette jolie soirée (Gwen le pirate devrait quand même songer à fixer cette poutre en bois, il en faut si peu pour qu'elle tombe, elle pourrait blesser des gens...) !
On passe en mixte pour les deux derniers jours. Premier plan de la journée : un plan de situation à l'extérieur dans lequel Sonia entre dans le vidéo-club. Évidemment, le soleil, au rendez-vous depuis quelques jours, décide de se planquer pour la matinée. Du coup on sort les 18kW pour réveiller un peu la façade et... euh non, en fait on va juste se contenter de vider le champ et de mettre une blonde à l'étage (bureau de Francis) et on sera bon. Après deux plans à l'intérieur pour terminer cette séquence, on passe à une grosse scène de jeu entre Marcus, Francis et Sonia ; ça se dispute sur le sort de Sonia si elle accepte de jouer dans le film de Feng Shui. On remet en place les HMI dehors comme la veille, avec en plus un 800W qui tape dans un miroir manoeuvré par Renaud pour simuler l'ouverture de la porte du vidéo-club. Bon bah moi pendant que ça tourne je vais me reposer un peu pour récupérer de la veille. Comment, Nicolas ? Une deuxième perche ? Mais avec plaisir ! Après ça, un petit plan séquence avec un lent travelling dans l'axe. On manque de lumière à l'extérieur, le soleil est tombé et les 4kW ont du mal à être suffisants. On s'arrange en enlevant des cadres et des toiles, et c'est parti pour une scène franchement marrante. Pour finir la journée, on se fait une petite ambiance nuit dans le vidéo-club, avec une blonde à l'extérieur pour un effet de lampadaire ; Francis vient déposer un PLV à l'entrée de son magasin. Punching Balls, starring Ti-Kong. Ça fait rêver.

Pour bien commencer la dernière journée, on refait un plan au ralenti de saut sur le trampoline, cette fois sur un sol plus stable. Après ça, un insert sur la bouche de Francis qui prononce une phrase en Chinois. Et la vraie journée peut démarrer. Avec au programme l'assistante de Feng Shui qui vient vérifier que la pub pour Ti-Kong est bien en place. Marcus lui réserve une bonne surprise pendant qu'elle mitraille le vidéo-club (avec son appareil photo hein, allez pas vous imaginer que c'est un film violent...). Bref, la surprise fait pas plaisir à Francis. On tourne tout ça avec globalement la même lumière que les deux jours précédents, à base de kinos et d'alphas 4kW. Pour un plan tourné de l'extérieur, on monte un cadre 4x4 avec une toile pour casser le soleil, et on le gardera jusqu'au bout ; le soleil est de sortie aujourd'hui. En même temps, on commence à prélighter le dernier décor, le restau chinois, situé juste à côté de la librairie. On bricole deux petites guirlandes d'ampoules pour mettre dans des lampions chinois de la déco. Du kino accroché au plafond, un petit fresnel pour un effet sur la porte du fond, des doigts de fée dans le bar derrière les verres, et une blonde à l'extérieur pour un formidable effet "phares de voiture".
C'est quasi prêt, derniers affinages après la pause repas. J'ai pas vu grand chose de cette séquence, j'ai passé la soirée à débarrasser le vidéo-club et à commencer à ranger le camion. Mais de ce que j'ai pu apercevoir, y avait beaucoup de fumée. Et des rouleaux de printemps. Bref, une fois que tout sauf ce qui joue encore est rangé dans le camion, je me pointe sur le plateau pile-poil pour le dernier plan et les embrassades de fin de tournage. Encore quelques efforts pour finir de sangler le camion, après avoir retrouvé une grille de kino qui voulait sûrement ne pas rentrer à Paris, et on peut retourner à la taverne pirate de Rouen, le Gibier de potence, qui nous accueille pour la fête de fin de tournage. Gwen le capitaine fou, en tant que digne flibustier, nous laisse squatter sa cave une fois passée l'heure de fermeture officielle. Et ce pour notre plus grand plaisir.

Un grand merci à JB d'avoir écrit ce bijou de comédie kung-fu, merci à Kazak d'avoir osé le produire, et merci à toute l'équipe d'avoir rendu ce tournage si mémorable. Dix jours de folie, j'avais rarement été aussi content de passer tout ce temps à Rouen. Beaucoup de choses à retenir de cette belle expérience, comme par exemple la direction d'acteur de JB pendant le tournage des scènes de combat -du jamais vu-, ou encore la tête des gens qui venaient visiter le plateau et qui se demandaient ce qu'ils étaient en train de regarder, de même que les figurants, qui n'avaient semble-t-il pas tous été mis au courant de ce qui les attendait... Jamais je n'aurais entendu autant de fois le mot "bite" sur un tournage, surtout dans la bouche de la mise en scène (attention au double-sens). En tout cas, c'est assez rare d'être à ce point fier d'avoir participé à un court-métrage, et d'en attendre avec autant d'impatience le résultat une fois monté. Et pour citer ce cher Jonathan, "Dieu sait qu'il sera bien monté...".

4 commentaires:

  1. Jonas, tu me fais rêver.
    Précis, complet, joueur.
    Encore merci à toi. Énorme bise.
    JB.

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    Réponses
    1. Bien content que ça t'ait plu !
      Bon montage, bises.

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  2. SEXTRAVAGANZA baby !...
    Bon on avait pas de 18Kw certes, on a joué un peu couvert dans ce vidéoclub... Financement oblige... Mais ça va le faire
    Joli revival de te lire en tout cas, j'ai passé un bon moment.
    A très vite mec.
    Sois fort.

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